Le système éducatif en France serait-il en panne ? On peut fortement se le demander aux vues des parutions de plus en plus nombreuses d’essais critiques que les professeurs nous livrent, sans compter les manifestations lycéennes de ces derniers mois. Jean Paul Brighelli, normalien et agrégé de Lettres, ne mâche pas ses mots. L’école est morte, ou du moins, est-elle en passe de le devenir, et cet effondrement du système aurait été, de surcroît, programmé. S’il ne faut pas prendre au pied de la lettre certaines de ses théories ou de ses arguments, cet essai critique sur l’école incite néanmoins à réfléchir. Si l’école va mal, c’est bien à cause de ceux qui la pensent, les « néo-pédagogues » comme il dit. Car Brighelli va loin dans son raisonnement. L’abaîtissement des jeunes, que le niveau de plus en plus bas confirme, aurait été programmé, ou du moins, nettement entretenu, afin de « formater l’individu dont l’économie moderne avait, paraît-il, besoin […] une main d’œuvre bon marhé […] débarrassée de la culture globale qui lui permettait, jadis, d’analyser le système, de se représenter dans un système _ et in fine, de le critiquer ». L’école produirait un joli troupeau de moutons, une nouvelle classe, « l’ignorance programmée » implantée grâce à « la licence made in ANPE » et au bac, aussi « frelaté » que le Beaujolais nouveau. Le système pédagogique français aurait fait fis ça du savoir ; le plus important étant « l’élève au centre du système ». Et pour ces petites têtes blondes, plus question de travailler sans relâche. Il est vrai que Brughelli diabolise peut être un peu trop le système éducatif ; d’un autre côté il est indiscutable que les changements opérés dans l’enseignement ne portent pas leurs fruits. Ainsi, pour faire bonne figure, on va jusqu’à monter les notes du bac pour atteindre les 80 % de réussite. L’école semble avoir perdu l’essentiel : le savoir et sa transmission. Son expérience professionnel en ZEP nous prouve d’ailleurs qu’apporter aux élèves des œuvres difficiles, c’est non seulement les respecter, mais aussi et surtout les faire avancer, les tenir en haleine, leur donner le goût de la difficulté. Si l’école est devenue un « lieu de vie », elle peut aussi former le futur citoyen (mot cher aux pédagogues), c’est-à-dire lui offrir les armes nécessaires pour affronter un monde, dont on sait qu’il est de plus en plus féroce. Seulement, le système engendre le contraire : il abaîtit l ‘élève par des programmes de plus en plus légers et remplace le travail par le ludique. La Fabrique du crétin — les chiens ne donnent pas des chats — est une autopsie de l’école, rythmé par un sens de la formule et un humour acerbe, qui, s’il pointe du doigt les failles du système pédagogique français, n’oublie pas de proposer quelques solutions ; peut être faut-il remonter le temps, et reprendre ce qui marchait tant, car pourquoi toute une génération se rappelle si bien de passages emblématiques d’œuvres classiques, alors qu’aujourd’hui, domine une certaine inculture commune ? Aurélie Pitault-Moreau
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