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Critique. - Toujours éminent. Est censé tout connaître, tout savoir, avoir tout lu, tout vu. Quand il vous déplaît, l'appeler Aristarque, ou eunuque (Gustave Flaubert, Dictionnaire des idées reçues)
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Se battre et survivre en deux nouvelles traitant d’écologie
BLEU TOXIC
Seuil Jeunesse, « karactère(s) », avril 2010, 112 pages
8 €
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- Poisson-lune - Ce court récit rappelle la catastrophe industrielle survenue dans la baie de Minamata au Japon, en 1956. Petit rappel des faits : une usine déversait du mercure dans la mer. La contamination des eaux, des thons, seule ressource pour la population, avait provoqué une succession de calamités. Qui mieux que des enfants qui témoignent de ce qu’ils ont vécu ? Le narrateur est un jeune garçon nommé Yukiko. Il nous parle de sa vie au village. Il travaille déjà avec son père qui est pêcheur et il attend impatiemment la naissance de sa petite sœur. Au même moment dans le village, des phénomènes étranges ont lieu, des enfants perdent l’équilibre, sans que l’on sache pourquoi ; un banc de dauphins vient s’échouer sur la plage ; une petite fille disparaît et ne revient jamais de l’hôpital. Coup de grâce, la sœur de Yukiko naît mal formée. Yukio est la preuve vivante de la contamination de la population à cause du mercure. Sa tête est tellement difforme qu’on la surnomme « Poisson-lune ». Le récit continue et Yukiko nous livre ses chroniques. La force de cette histoire réside dans l’écriture même de cette nouvelle. L’auteur ne juge pas, il nous livre un « témoignage » brut. Au lecteur d’en tirer ses propres conclusions. Rien n’est caché ou dissimulé : des craintes ancestrales des villageois à l’abandon des autorités. Il est facile d’ordonner de ne plus pêcher et de disparaître du paysage sans rien faire et de laisser les gens livrés à eux seuls. Pourtant une question, d’autant plus lancinante, qu’elle n’est pas exprimée perdure : que font les responsables ? que leur arrive-t-il ? pourquoi n’agit-on pas avant ? ou même après ? - Gaz - Cette nouvelle commence par un jeu de mot au combien cruel. Le jeune garçon qui se nomme Gaz a été baptisé ainsi parce qu’il est un rescapé d’une terrible catastrophe : l’explosion a Bhopal de l’usine Union Carbide et la propagation du gaz moutarde dans l’atmosphère. Même s’il a survécu à la nuit du 2 décembre 1984, Gaz est orphelin. Il est un laissé pour compte de la société. Il doit voler, mendier pour survivre. Sa cachette est le dépôt de l’usine meurtrière qui a coûté la vie à son père. De nouveau c’est à travers cet enfant que le récit se fait. La force de cette nouvelle tient au fait que dès le début nous savons que l’entreprise, pour faire de gros profits, néglige ses installations et ce qui doit survenir arrive. Gaz va se lier avec un sosie : Rasheeda. Celle-ci vit dans les mêmes conditions précaires que lui. Ils vont former un duo pour tenter de survivre, toutefois la société va les rattraper. Qu’adviendra-t-il d’eux ? On peut lire ce volume dès la 6e, parce qu’il n’y a aucune difficulté de lexique. Toutefois, il faut une certaine maturité pour appréhender les questions sous-jacentes qui balisent les récits. Il faut mettre ce livre entre les mains des enfants et des adultes. Nous ne sommes toujours pas à l’abri de nos propres folies. Le sera-t-on un jour ?... Céline Le Couëdic-Doffémont
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