Luca est mort, vive Luca ! « Elle a une bonne odeur, cette glaise. […] C’est une sensation fraîche et agréable, ce délitement. Il y a du plaisir à devenir de la bouillie. J’ignorais que c’était ainsi, être mort. J’imaginais bêtement que c’était une chose dure, que tous les cadavres étaient raides, et j’apprends que c’est une chose molle, spongieuse. Vrai, je ne regrette pas. » Luca est mort. On l’a retrouvé, noyé dans l’Arno (Florence), la moitié du visage mangée par une glauque pourriture. Pourtant, c’est sa voix qui s’élève la première dans ce livre. Ses mots. Tout d’abord étrangement apaisés, en hébétude, ils s’affolent, au fur et à mesure que Luca prend conscience de la fugacité de sa mémoire. Des mots feux follets… « Je songe qu’adviendra inévitablement un moment où je ne parviendrai plus à me souvenir de moi. À ce moment, les autres m’auront-ils déjà oublié ? » Mais des mots, également, qui pétrissent un passé clair-obscur… Dans ce roman, on compte en fait deux autres voix qui s’entrelacent pour reconstituer, en bribes bégayantes, l’existence de Luca Salieri : celle d’Anna, sa compagne, et celle de Léo, jeune garçon au jean gainé et à l’impétuosité féline, dont on ne saurait tout d’abord dire qui il est. Le malaise devient palpable lorsqu’Anna commence à prendre conscience du secret que Luca avait su si bien conserver de son vivant et articule son angoisse et ses interrogations sous la plume de Philippe Besson. « Je contemple les objets disposés sur les meubles […] Et, soudain, je comprends que la vie n’a pas disparu de cet appartement : elle n’y est jamais entrée. Luca a toujours refusé de venir habiter ici. » Quant à Léo, il est incontestablement le chef de chœur de cette polyphonie, faisant part au lecteur de sa révolte, de son pouvoir sur les mâles, de son infatuation et de sa fragilité. « Je n’ai pas été invité. C’est pour ça que je n’entre pas. Pourtant, je sais que personne ne remarquerait ma présence si je décidais d’assister à la cérémonie. En fait, ce n’est pas juste parce que je n’ai pas été invité. / Depuis toujours, je suis celui qu’on cache, celui qui est interdit de paraître. » Un style bref, frappant, ramassé. Une excursion au cœur de la défaillance humaine. Hélène Combis-Schlumberger notons que ce roman, initialement publié en 2003 chez Julliard, est déjà paru en poche, chez Pocket, en 2005.
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