Hanif Kureishi est né en 1954 à Londres, d’un père pakistanais et d’une mère anglaise. Après des études de philosophie, il s’est lancé dans l’écriture, avec succès puisque son premier roman, en 1990, a été primé. Il a obtenu la même réussite dans les scénarios de films pour Stefen Frears. Patrice Chéreau a adapté un autre de ses romans, Intimité, pour le cinéma, raflant au passage l’Ours d’or au festival de Berlin. On aura compris que Kureishi est un écrivain reconnu et installé. Son univers littéraire tourne autour de sa propre existence, parlant d’immigration de racisme et de sexe. Petites histoires glauques Je le découvre avec ce roman de 2008, paru en poche cette année. La quatrième de couverture dit n’importe quoi, comme souvent, hélas. Le héros du roman est métissé, comme l’auteur mais n’est pas un « brillant psychiatre » mais un psychanalyste assez …minable, me semble-t-il. On le voit errer plus que vivre, promenant un regard doux mais aigu sur ceux qui l’entourent. Ces derniers ne sont pas brillants. Son fils Rafi est atrocement vulgaire et irrespectueux, confondant personnalité et arrogance, englué jusqu’au cou dans une sous culture de fashion victim. Heureusement on ne le voit guère car ses parents sont divorcés. Il y aussi Miriam, sa grosse sœur, haute en couleur, mère d’une pléthore d’enfants, tous de pères différents… Elle trafique de tout, animant sa petite mafia à l’écart de la société. Jamal participe mollement à son business. On croise Henry, une espèce d’artiste drogué, frustré de ne pas pouvoir sauter la petite copine de son fils mais qui finit par se taper Miriam (miam). Drogues, sexes, trafic sont comme les virgules d’une vie relativiste. Jamal a un secret qui le ronge. Une histoire d’amour perdu et de crime. Il y vient par les mille chemins d’une introspection souvent brillante, festonnée de philosophes, de géants comme Balzac et bien sûr, de Freud. On voit défiler les années soixante-dix dans un Londres déjà très cosmopolite. Jamal fricote avec le parti travailliste mais sans s’y engager vraiment. Il a toujours été plus rêveur, et grand lecteur, qu’homme d’action. Il nous livre l’histoire de son premier amour avec une Indienne, Ajita. Avec deux potes il bute le père d’Ajita qui couche avec elle. Ajita s’en va pour toujours. Et puis il y a Joséphine la mère de Rafi. Relativisme et néant Tant de petites histoires s’entrecroisent… Au bout du compte, si c’est cela un roman de la maturité, comme l’écrit La Croix, c’est qu’il me reste du chemin à faire ! Certes, c’est cultivé, c’est bien écrit, mais on y glane plus qu’on y récolte. Le livre est fermé, sur mon bureau, je le regarde et demain je l’aurai oublié. Les personnages ne sont personne, ne croient en rien, n’ont hérité de rien et n’ont à transmettre que le bavardage qui justifie leurs désirs glauques. Quel intérêt a la vie si la normalité n’est que le nom donné à la réalité, par la bourgeoisie, de la folie ordinaire ? Quel pas a-t-on fait quand on se retranche derrière l’idée que tout le monde ment, se ment et ne parle que de lui en feignant de parler des autres ? Le relativisme poussé à ce point devrait conduire au silence, pas à gratter 500 pages. Didier Paineau
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