Ce qu'on appelle parfois la postérité, ce n'est qu'un critique en quête d'un sujet d'article ou un professeur en quête d'un sujet de thèse, qui selon leur humeur ou leur intérêt, tantôt vous porteront aux nues, tantôt vous traîneront dans la boue (Fernand Vandérem, La Littérature)
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L'ORGUE DE QUINTE
L'ORGUE DE QUINTE
L'Arcamonde, tome 2


Le Castor astral, mars 2009, 216 pages
13 €






 
Dans la cité médiévale de Provins, Frans Bogaert mène une nouvelle enquête.

En novembre dernier, nous avions découvert le premier tome de l’Arcamonde, Le Dé d’Atanas qui m’avait mis l’eau à la bouche. J’attendais donc avec impatience la sortie de la deuxième enquête de l’antiquaire,  L’orgue de quinte, que voilà.

De Bruges à Provins

Nous retrouvons Frans Bogaert bien loin de Bruges et de sa boutique de l’Arcamonde, à Provins, cité médiévale, chargée d’histoire. Provins était en effet au cœur des terres dominées par les comtes de Champagne qui y fondèrent des établissements religieux richement dotés. L’un d’eux, Henri le Libéral, accorda une charte de franchise garantissant les libertés de ces citoyens. Cette mesure entraîna un essor de la population et de l’activité économique de la région. Les foires de Provins, de Troyes et de Lagny devinrent alors des lieux de passages et d’échanges de nombreux marchands européens.

La ville est chargée d’histoire mais aussi de mystère comme le montre la présence de souterrains dont la destination d’origine reste vague : peut être s’agit-il de carrières de terre à foulon ou de souterrains- réserves. Quoiqu’il en soit, nous n’en avons aucune certitude. Plus tard, ces souterrains sont devenus des lieux de rencontre clandestins suite aux nombreuses persécutions idéologiques du Moyen-Age à nos jours. Les membres de ces sociétés secrètes ont laissé, gravés dans le calcaire, des graffitis compréhensibles uniquement par les initiés. Un terreau fertile pour Frans Bogaert. Pourtant ce ne sont pas ces souterrains qui vont être à l’honneur mais un orgue.

Un doigt ? Non juste une larme

C’est au détour d’une brocante, que « l’œil de l’hidalgo » a été attiré par un singulier objet, un établi en bois où s’alignent une douzaine de tubes à essai minuscules qu’un ingénieux mécanisme actionne pour laisser leur contenu se déverser en même temps. Le brocanteur leur présente cet instrument comme le véritable orgue à liqueur de Des Esseintes, le héros de À rebours de Joris-Karl Huysman. Ce roman est construit autour d’un anti-héro atteint du mal du siècle, Des Esseintes, qui fait l’expérience de tout ce que la société de son époque pouvait lui offrir. Parmi ces expériences, celle d’un orgue à liqueurs ou «  orgue à bouche » qui lui permet de goûter les différentes liqueurs telle une symphonie.  Un objet qui ne pouvait que faire rêver Bogaert qui l’achète donc. Ceci dit si l’intrigue était aussi vite résolue, cet épisode ne ferait pas 20 pages. Et bien oui, cette orgue est un faux ou plus exactement il ne s’agit pas de l’orgue de Des Esseintes.
 
Cet objet éveille d’autant plus l’intérêt de Bogaert qu’un mystérieux acheteur semble prêt à payer dix fois le prix qu’il a versé pour l’acquérir. Pourquoi cet acheteur fait-il des pieds et des mains pour l’obtenir ? Quel est le lien entre cet orgue de quinte qui reste mystérieux  et Jean Vincent, condamné à la guillotine pour des crimes atroces ? Une histoire de larmes et de pureté cristalline liée aux émotions humaines.

Le ton de ce  nouvel épisode de l’Arcamonde est légèrement différent de celui du  Dé d’Atanas : Bogaert n’est pas au cœur de l’enquête puisque c’est ce mystérieux acheteur qui lui livre l’histoire de l’orgue. La noirceur et les émotions humaines jaillissent au fur et à mesure que les tubes se remplissent.  On en apprend un peu plus également sur la disparition de la femme de Bogaert dont on sait qu’elle est toujours en vie mais dont on ignore les raisons de sa disparition. Un seul regret cependant, celui de ne pas en apprendre un peu plus sur Lauren, sosie de Bacall, qui finalement n’est pas très présente. Si le rythme est moins soutenu, ce nouvel opus nous accroche en attendant le 3e épisode de l’Antiquaire à paraître en novembre 2009,  Le Cœur de gloire.

Julie Lecanu
   




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