Je n'ai jamais pondu un oeuf de ma vie. Et pourtant je m'estime plus qualifié qu'une poule pour juger de la qualité d'une omelette. (Max Favalelli)
Abonnez-vous
à notre lettre d'informations
E-mail :
Recopier le texte de l'image
(respectez les capitales) :
:
Envoyer cette page à un ami
« Le jeu [...] consiste pour lui a prendre des couples pour cible. L'un des deux conjoints doit mourir avant le lever du jour et c'est à l'un des deux de décider lequel est condamné. Il en choisit donc un, puis il le torture, physiquement et émotionnellement, pour le forcer à trahir l'autre. C'est ça, le jeu. »


UN SUR DEUX
UN SUR DEUX

Steve Mosby
Traduit de l'anglais par Etienne Meanteau


Seuil, « Points Thriller » (Sonatine, février 2008), janvier 2009
7,80 €

Celui qui lit beaucoup de polars n'a que rarement la sensation d'être pris à la gorge. Il peut être emporté, passionné, remué, mais le plus souvent il avance dans un cadre plus ou moins balisé et que son expérience, sans trahir, amenuise. Les claques sont rares. En voici une magistrale !



Le jeune Mark Nelson, diplôme de psychologie, a sa première affectation comme enquêteur, et il rejoint une figure emblématique, le très charismatique John Mercer. Mais est recruté au pire moment : pour remplacer un enquêteur tué par un psychopathe, il y a deux ans, et juste au moment où John Mercer reprend du service après une dépression liée à cette disparition. Mark Nelson ne va pas avoir le temps de prendre ses marques, il est immédiatement jeté dans un bain de sang : le tueur semble avoir repris du service et se fait remarquer par la violence froide de ses crimes.

« Le jeu [...] consiste pour lui a prendre des couples pour cible. L'un des deux conjoints doit mourir avant le lever du jour et c'est à l'un des deux de décider lequel est condamné. Il en choisit donc un, puis il le torture, physiquement et émotionnellement, pour le forcer à trahir l'autre. C'est ça, le jeu. »

Le Diable, tel qu'il se nomme lui-même, espionne ses proies et finit par tout connaitre d'elles, le plus souvent en mettant en place un système de télésurveillance depuis le grenier, lieu pas assez souvent surveillé. Dès qu'il a les éléments qu'il cherchait pour faire souffrir, disons les petites trahisons du quotidien, il s'en prend à ses victimes et force par sa terrible cruauté à  survivre au dépend de son amour, et à trahir bien humainement ses grands serments d'amour éternel. À force de brûlures, de coups, d'acharnements (un tournevis rougi au feu planté à vif dans l'oeil, un corps immergé dans un bain de liquide inflammable...) la victime renie ses beaux serments et revient sur sa décision initiale, celle de mourir et de laisser vivre l'être aimé. C'est ce renoncement, arraché, que le Diable semble vouloir aspiré et s'en repaître...

Chaque chapitre est le récit d'une voix, qu'elle soit une victime, un enquêteur, le Diable, un autre que l'on pourrait croire externe, etc., si bien qu'en plus de l'horreur des situations c'est toute la psychologie des personnages qui nous apparaît dans sa fraîche immédiateté, et c'est un coup de maître de Mosby qui nous impose ainsi une plongée dans le réel possible de ce drame et dans la pensée même de ses acteurs, rendant plus crue la violence contenue dans ces pages.

Pour affronter le mal, le duo improbable que vont finalement former la jeune recrue et son légendaire patron font devoir prendre sur eux-même : Mark Nylson affronter ses propres fantômes et John Mercer choisir lui aussi entre l'amour et l'enquête. La fin est superbe, l'inhumanité du Diable se dévoile avec maestria et Steve Mosby se joue de nous et de nos convictions avec une grande dextérité. On suit une piste et c'est un jeu du Diable qui nous éloigne de sa victime.

À la limite parfois du soutenable, dans de petits détails croustillants (le grésillement de quelque chose quand après avoir torturé une victime le Diable remet son tournevis au feu...) mais aussi dans ce que l'on subit avec les acteurs involontaires de ce jeu, Un sur deux se pose d'emblée comme un phénomène et Steve Mosby comme un auteur dont il faudra craindre les prochaines folies ! C'est effroyable et jouissif !



Loïc Di Stefano

Recherche :
Nouveautés
Publicité
Rimbaud
Publicité
© 2005-2010 Boojum, l'animal littéraire
Réalisé avec Sitedit, outil unique conçu spécialement pour l'édition