Belle profession que celle de critique qui consiste trop souvent à trouver le pire dans le meilleur et le meilleur dans le pire, faute d'un goût personnel ou désintéressé (Hélène Grimaud, Variations sauvages)
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LA FAUTE A MICK JAGGER
LA FAUTE A MICK JAGGER


Le Dilettante, février 2008, 222 pages
17 €







La Faute à Mick Jagger s’articule sur l’alternance de deux époques, à travers l’histoire d’un personnage qui tente de se construire, de trouver une certaine stabilité, malgré un passé lourd de conséquences. D’un côté l’enfance, sur fond de Mai 68, dans l’enfer de communautés qui n’en étaient pas à une absurdité près, de l’autre, un âge adulte qui a du mal à s’assumer et à trouver sa place dans un monde revenu de tout.

Simon à la trentaine, sa mère hippie et schizophrène se croit possédée par Mick Jagger, elle se nourrit uniquement de yaourts et a pour habitude de fuguer pour prendre des bains d’algues dans les hôtels. Son état est désespérant. Simon se définit comme hyper sensible, d’ailleurs tout un tas de petites choses banales lui coûtent énormément, et sa petite amie hystérique, Angelica, coutumière du chantage au suicide, n’a pas vraiment le don pour contrebalancer les extravagances de la mère.

C’est que Mousse, la mère, était une authentique beatnik, comme le père de Simon d’ailleurs, mort d’un cancer dans des circonstances sordides pas mal d’années avant. Tout un tas de drogues sont passées par là et les expériences de vie en groupe n’ont pas toujours été du meilleur goût pour un enfant en quête d’équilibre et de repères. Les gens glauques se succèdent dans ces villages déjantés des années 70, et les efforts du petit Simon pour jouer à des jeux de son âge, ou se construire un univers propre à cette période de la vie, sont réduits à néant au profit d’une éducation plus que douteuse, pour ne pas dire infecte. Heureusement l’image de la grand-mère fait office de garde-fou au sein de cette effervescence aux perspectives inquiétantes.

C’est ainsi que l’on suit par tranche de vie le Simon adulte, ou plutôt celui qui tente de se vivre comme tel, écartelé par ses options amoureuses, le spectre d’un passé plombant, incarné par cette mère complètement barrée, et des obstacles dérisoires ayant des allures de montagnes.

Les flash-backs s’intercalent comme des éléments de réponse vis-à-vis des difficultés de Simon, mais en aucun cas comme des solutions ; un bilan de trentenaire sur le phénomène soixante-huitard et les conséquences que cela a pu avoir sur une génération dont les parents furent pour le moins jusqu'au-boutistes. Sans aller dans le règlement de compte, ni toucher à la virulence d’un Houellebecq, Cyril Montana, dresse un portrait acide mais avec détachement, voire avec politesse.

En tout cas le roman est loin d’être un réquisitoire, mais plutôt un questionnement général sur l’héritage familial. La faute à qui ? Le ton est plutôt léger et le langage très actuel, rapide. C’est un livre plutôt drôle en fin de compte, les personnages, hauts en couleurs, sont assez bien sentis, surtout les secondaires, et les scènes absurdes, qui ne manquent pas sont, quant à elles, très réussies.

Arnault Destal

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