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PERTES HUMAINES
PERTES HUMAINES


Arléa, « 1er / mille », août 2006, 124 pages
13 €


Portés disparus !

Constitué d'un certain nombre de fiches se rapportant toutes à une personne disparue pour le narrateur, avec des notes pour graduer les coefficients de pertes et de possibilité de retrouvailles, Pertes humaines est un puzzle par lequel se dessine petit à petit le portrait d'un homme et de son humanité. De l'enfance et ses premiers héros (tout commence par Alcor, qui parle à toute une génération, et qu'il est vain d'expliquer aux autres...), des premières amours, des premiers amis, jusqu'aux vraies, qui ont forgés le personnage, l'histoire d'un homme par ce qu'il a perdu se met en scène petit à petit. Je suis la somme de ce que je ne suis plus, semble nous dire Mark Molk, dans une langue à la fois simple et drôle, qui joue la proximité avec le lecteur. Et il le précise même dans un prologue, assez fin pour faire croire à une manière d'étude sociologique de la perte :

« Ceux qui s'éloignent imperceptiblement alors qu'ils comptent pour de bon, ceux qui meurent, ceux qui ne nous aimeront jamais, ceux qui ne nous aiment plus, ces rencontres superficielles sur lesquelles on s'interroge encore, combien sont-ils manquants ? Mais surtout pourquoi les ai-je perdus ? »

Et même si le roman semble être avant tout un jeu de système façon Oulipo de petite envergure — mais soyons honnête en disant que l'auteur s'amuse et nous amuse aussi, qu'il ne s'en prend pas au sérieux —, l'ensemble tient sans lasser le lecteur. Au contraire, même, au jeu des ressemblances et des petites scènes de la vie d'aujourd'hui — ce genre qui fait les bonheurs de la chanson française d'aujourd'hui, explicitement générationnelle —, forme un miroir où se regarder soi-même avec tendresse et curiosité, et s'y reconnaître sans l'avouer tant les situations sont croquées avec justesse.

Plus qu'un simple exercice de style, Pertes humaines est un petit roman riche d'envergures cachées et de promesses. Auteur à suivrre, donc.

Loïc Di Stefano

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