Qu'est-ce qu'un critique ? Un lecteur qui fait des embarras (Jules Renard, Journal, 23 avril 1899)
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LA LEGENDE DU SEXE SURDIMENSIONNE DES NOIRS
LA LEGENDE DU SEXE SURDIMENSIONNE DES NOIRS


Editions du Rocher - Le Serpent à Plumes, décembre 2005, 198 pages
14 €


D’aucun ne peut se prévaloir de ne pas comprendre ce titre assez explicite pour évoquer en nous une réaction d’intrigue et d’intérêt non fin. D’où tenons nous cette idée flou qui, en chacun, semble résonner comme une vérité ? Qui donc a bien pu nous mettre cette pensée en tête ? Fait-elle partie de ces fameux memes conceptualisés par le biologiste Richard Dawkins ?

A la dernière question, l’auteur ne pourra assurément que répondre par la positive. Mais cet essai, comme le précédent, gage de toucher un plus grand nombre en expliquant cela clairement et simplement. Mais venant en aux faits : qu’en est-il de cette légende ?

Qu’on ne s’y méprenne : l’obscénité du livre s’arrête à sa couverture. Le titre accrocheur et l’illustration provocante de démesure laisse rapidement la place à une plongée dans l’histoire. Auteur du précédent Noirs dans les camps nazis et journaliste à RFO, on pourra d’emblée regretter l’impression de trop rapide survol historique, avec ses chapitres courts et ses exemples innombrables. Mais comment traiter autrement d’un sujet remontant à déjà plus de… 4000 ans ! Car oui, et c’est ce que l’on découvre de prime abord : l’idée du sexe surdimensionné des noirs est loin d’être récente.

Véritable répertoire chronologique d’un préjugé racial, Serge Blié compile l’information recueillie, d’Hérodote à nos jours, sur le rapport entre les hommes et les couleurs. Documentaire sans équivoque, ce dernier nous permet de réaliser l’ampleur du préjugé. Au travers d’exemples riches et variés, Serge Blié recoupe faits historiques, interprétations religieuses, blagues, chansons d’antan, musiques d’aujourd’hui… Mais l’ouvrage ne fait pas qu’accumuler des histoires, il croise également les réponses et regards d’acteurs sociaux allant de spécialistes de la santé aux producteurs de films X en passant par les revendeurs d’aphrodisiaques. Rien n’est omis et l’on regarde alors nos idées reçues d’un tout autre œil.

Mais l’histoire n’est pas simple et les idées, tel un affront à l’animal humain, semble bel et bien vouloir faire de la résistance. Car si l’on apprend que le préjugé est originellement destiné à rabaisser les noirs face aux blancs, que cette représentation n’est rien d’autre qu’une volonté de bestialiser l’homme noir et d’en faire un homme primaire ne pensant qu’à copuler et étant inapte à penser, réfléchir. Car si l’on apprend qu’il n’a pas fallu attendre la colonisation pour diaboliser le noir et que se développe le racisme au quotidien. On réalise aussi les revers de l’enjeu et la subjugation néfaste conférée par là même à l’homme noir. Selon les époques, il est pris en esclave, animal de compagnie, compagnon fantasmé des jeux les plus débridés. Et ce qui hier était visible est aujourd’hui bien plus pernicieux. Paroles de chansons, blagues, films… partout le stéréotype se diffuse. La révolution de la communication n’a fait qu’amplifier un sentiment racial déjà fort dans les époques les plus reculées qui amène aujourd’hui certains, blancs ou noirs, à refuser que l’on démystifie cette idée. Au regard des réactions violentes qu’ont d’ailleurs suscitées la parution de l’ouvrage, on ne peut que solliciter une prise de conscience générale du préjugé car, comme conclut l’auteur « c’est à cette seule condition qu’on parviendra peut-être un jour à "désintégrer" le préjugé sexuel. »

Etienne Hego

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